Le prévisionnel de trésorerie est un tableau qui projette, mois par mois, les entrées et les sorties d’argent de l’entreprise pour calculer le solde bancaire attendu à la fin de chaque période. Il sert à repérer plusieurs mois à l’avance un découvert, une échéance difficile ou au contraire un excédent à placer. On l’appelle aussi plan de trésorerie ou budget de trésorerie.
En bref : solde de début de mois + encaissements prévus − décaissements prévus = solde prévisionnel de fin de mois, qui devient le solde de départ du mois suivant. Construit sur 12 mois et mis à jour chaque mois, il permet de négocier un financement avant d’en avoir besoin, et non après.
- À quoi sert un prévisionnel de trésorerie ?
- Les composantes du plan de trésorerie
- Comment faire un plan de trésorerie prévisionnel en 6 étapes
- Exemple chiffré de prévisionnel de trésorerie sur 6 mois
- Solde prévisionnel : comment le lire et l’interpréter
- Que faire si le prévisionnel annonce un déficit ?
- Tableur ou logiciel prévisionnel : quel outil choisir ?
- Erreurs fréquentes
- À retenir
- Questions fréquentes
À quoi sert un prévisionnel de trésorerie ?
Une entreprise rentable peut déposer le bilan faute de liquidités : il suffit que les clients paient tard, qu’un gros investissement tombe le mauvais mois ou que la croissance gonfle les stocks. Le compte de résultat ne montre pas ce décalage ; le prévisionnel de trésorerie, si.
- Anticiper les creux : un solde négatif prévu en mars se traite en janvier, quand la banque a le temps d’étudier une demande.
- Décider d’un investissement : acheter comptant, emprunter ou louer change complètement le profil de trésorerie.
- Convaincre un financeur : banques et investisseurs demandent un plan de trésorerie à l’appui de toute demande de prêt. Il fait d’ailleurs partie du dossier de type Credit Monitoring Arrangement utilisé pour les demandes de financement.
- Placer les excédents : si la trésorerie reste positive plusieurs mois, une partie peut être placée sur un compte à terme, en gardant à l’esprit que la rémunération varie avec les taux.
Les composantes du plan de trésorerie
Les encaissements
Règlements clients (TTC, à leur date réelle de paiement), apports des associés, déblocages d’emprunts, subventions, cessions d’actifs, remboursements de crédit de TVA. La méthode de répartition des ventes selon les délais clients est détaillée dans notre article sur le budget des encaissements.
Les décaissements
- fournisseurs et sous-traitants (TTC, selon les délais négociés) ;
- salaires nets, versés en fin de mois ;
- cotisations sociales, payées le mois suivant ;
- loyers, assurances, abonnements, énergie ;
- TVA à reverser (TVA collectée moins TVA déductible) ;
- impôt sur les sociétés (acomptes trimestriels et solde), CFE ;
- échéances d’emprunt (capital et intérêts) ;
- investissements et prélèvements ou dividendes des associés.
D’après l’Urssaf, les employeurs de moins de 50 salariés versent en principe leurs cotisations le 15 du mois suivant la période d’emploi, et ceux de 50 salariés et plus le 5 ou le 15 selon la date de versement des salaires : ce décalage doit apparaître dans le plan.
Ce qui n’y figure pas
Les amortissements, provisions et variations de stock sont des écritures sans mouvement d’argent. On les retrouve dans le compte de résultat prévisionnel, pas dans le prévisionnel de trésorerie.
Comment faire un plan de trésorerie prévisionnel en 6 étapes
- Fixer la trésorerie de départ : solde de tous les comptes bancaires au premier jour, diminué des découverts utilisés. Pour une création, c’est le montant des apports déposés.
- Lister les encaissements récurrents à partir des ventes prévues et des délais de paiement constatés.
- Lister les décaissements fixes (loyers, salaires, échéances) puis variables (achats, sous-traitance), en TTC.
- Placer les flux ponctuels : investissements, impôts, primes, remboursement d’un prêt garanti, en respectant leur mois exact.
- Calculer le solde de chaque mois et le reporter en début du mois suivant.
- Construire deux scénarios : réaliste et prudent (par exemple ventes − 15 % et délais clients + 15 jours). Le scénario prudent indique le niveau de financement à sécuriser.
Exemple chiffré de prévisionnel de trésorerie sur 6 mois
Une petite entreprise de services démarre l’année avec 25 000 € en banque. Elle prévoit d’acheter en mars un véhicule utilitaire de 40 000 € comptant. Montants en milliers d’euros, TTC.
| k€ | Janv. | Févr. | Mars | Avril | Mai | Juin |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Trésorerie début de mois | 25,0 | 23,5 | 15,0 | − 24,5 | − 16,0 | − 1,5 |
| Encaissements clients | 60,0 | 55,0 | 70,0 | 80,0 | 90,0 | 85,0 |
| Fournisseurs | 25,0 | 28,0 | 30,0 | 35,0 | 38,0 | 36,0 |
| Salaires nets | 18,0 | 18,0 | 18,0 | 18,0 | 18,0 | 18,0 |
| Cotisations sociales | 8,0 | 8,0 | 8,0 | 8,0 | 8,0 | 8,0 |
| Loyer | 3,0 | 3,0 | 3,0 | 3,0 | 3,0 | 3,0 |
| TVA à payer | 6,0 | 5,0 | 4,0 | 6,0 | 7,0 | 8,0 |
| Investissement | 40,0 | |||||
| Échéance d’emprunt | 1,5 | 1,5 | 1,5 | 1,5 | 1,5 | 1,5 |
| Acompte d’IS | 5,0 | 5,0 | ||||
| Total décaissements | 61,5 | 63,5 | 109,5 | 71,5 | 75,5 | 79,5 |
| Solde du mois | − 1,5 | − 8,5 | − 39,5 | + 8,5 | + 14,5 | + 5,5 |
| Trésorerie fin de mois | 23,5 | 15,0 | − 24,5 | − 16,0 | − 1,5 | 4,0 |
L’activité est saine : dès avril, les soldes mensuels redeviennent positifs. Mais l’achat comptant du véhicule crée un trou de 24 500 € en mars, qui ne se résorbe qu’en juin. Le prévisionnel donne trois mois pour choisir une solution : financer le véhicule par un emprunt ou un crédit-bail, décaler l’achat en juin, ou négocier une autorisation de découvert temporaire. Un investissement durable financé par la trésorerie courante est une erreur classique : la règle est de financer un actif long par une ressource longue.
Solde prévisionnel : comment le lire et l’interpréter
Le solde prévisionnel est le résultat de la dernière ligne du tableau. Sa lecture ne se limite pas au signe :
- le point bas de l’année indique le besoin de financement maximal à couvrir ;
- la durée pendant laquelle il reste négatif distingue un besoin ponctuel (facilité de caisse, découvert) d’un besoin structurel (augmentation de capital, emprunt à moyen terme) ;
- la tendance des soldes mensuels hors flux exceptionnels montre si l’exploitation génère ou consomme du cash.
Gardez aussi une réserve de sécurité : viser un solde minimal égal à un mois de charges fixes évite qu’un simple retard client ne fasse basculer le compte. Une tension qui revient chaque année au même moment trahit souvent un besoin en fonds de roulement mal couvert par le fonds de roulement.
Que faire si le prévisionnel annonce un déficit ?
| Levier | Pour quel besoin | Point d’attention |
|---|---|---|
| Relance clients, acomptes à la commande | Tous | Gratuit, à actionner en premier |
| Négociation des délais fournisseurs | Ponctuel | Plafonds légaux entre professionnels |
| Facilité de caisse, découvert autorisé | Quelques semaines | Coût élevé, révocable |
| Affacturage, escompte | BFR récurrent | Commissions à intégrer au plan |
| Emprunt moyen terme, crédit-bail | Investissement | Dossier à préparer tôt |
| Apport en capital ou compte courant | Besoin structurel | Dilution ou blocage des fonds |
Selon la Banque de France, la médiation du crédit aux entreprises peut être saisie gratuitement par tout dirigeant confronté à un refus de financement ou à une dénonciation de concours bancaire ; un plan de trésorerie fait partie des pièces attendues.
Si le déficit est profond et durable, il faut agir sans attendre. Le mandat ad hoc et la conciliation, confidentiels, sont ouverts aux entreprises qui ne sont pas encore en cessation des paiements, ou depuis moins de 45 jours pour la conciliation.
D’après Service-Public.fr, une entreprise en cessation des paiements, c’est-à-dire incapable de faire face à son passif exigible avec son actif disponible, doit demander l’ouverture d’une procédure collective au tribunal au plus tard dans les 45 jours.
Tableur ou logiciel prévisionnel : quel outil choisir ?
Le tableur suffit pour une TPE ou une création : un onglet par scénario, des formules simples, une mise à jour mensuelle à partir des relevés. Ses limites apparaissent avec plusieurs comptes bancaires, plusieurs entités ou des centaines de factures, car la saisie manuelle multiplie les erreurs.
Les logiciels de prévision de trésorerie se connectent aux banques, catégorisent automatiquement les transactions et comparent prévu et réalisé. Certains se branchent aussi sur l’outil de facturation pour prévoir les encaissements à partir des factures émises. Ils conviennent aux PME qui veulent un suivi hebdomadaire et des scénarios rapides.
Les modules intégrés à un logiciel comptable ou à un ERP conviennent aux structures plus importantes qui veulent consolider plusieurs sociétés.
Quel que soit l’outil, le critère décisif reste la discipline : un plan non mis à jour devient faux en quelques semaines. Pour suivre les écarts, associez-le à un tableau de bord de trésorerie mensuel.
Erreurs fréquentes
- Confondre chiffre d’affaires et encaissements, ou mélanger montants HT et TTC.
- Oublier les flux annuels : solde d’IS, CFE, primes, assurance annuelle, congés payés.
- Reprendre les délais clients des CGV plutôt que les délais réels.
- Ne construire qu’un scénario optimiste, souvent celui présenté au banquier.
- Ne pas confronter prévu et réalisé : c’est l’analyse des écarts qui rend le plan fiable. A posteriori, le tableau de flux de trésorerie permet de vérifier d’où est venu et où est parti le cash.
À retenir
Le prévisionnel de trésorerie projette le solde bancaire mois par mois à partir des encaissements et décaissements datés, en TTC. Son intérêt principal est de repérer le point bas de l’année assez tôt pour le financer dans de bonnes conditions. Construisez au moins un scénario prudent et mettez-le à jour chaque mois.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un prévisionnel de trésorerie ?
C’est un tableau qui estime, période par période, l’argent qui entrera et sortira des comptes de l’entreprise, afin de calculer le solde bancaire attendu. Il se construit généralement sur 12 mois, avec un détail mensuel, voire hebdomadaire en période tendue. Il se distingue du compte de résultat prévisionnel, qui mesure la rentabilité et non les liquidités.
Comment calculer la trésorerie de départ ?
Additionnez les soldes créditeurs de tous les comptes bancaires et la caisse au premier jour de la période, puis retirez les découverts utilisés. Pour une entreprise en création, la trésorerie de départ correspond aux apports déposés et, le cas échéant, aux prêts déjà débloqués. Le solde de fin de mois devient ensuite la trésorerie de début du mois suivant.
Comment équilibrer un budget de trésorerie ?
Commencez par les leviers gratuits : accélérer les encaissements clients, demander des acomptes, étaler certains décaissements. Financez ensuite les investissements par des ressources longues (emprunt, crédit-bail) plutôt que par la trésorerie courante. Si le déficit persiste sur plusieurs mois, il s’agit d’un besoin structurel qui appelle un apport en fonds propres ou une révision du modèle.
Comment lire un plan de trésorerie ?
Regardez d’abord la dernière ligne pour repérer les mois négatifs et le point le plus bas. Analysez ensuite les soldes mensuels hors éléments ponctuels pour savoir si l’activité courante génère du cash. Enfin, identifiez les quelques lignes qui expliquent l’essentiel des écarts, souvent les encaissements clients et les investissements.
