Lettrage comptable : comment lettrer les comptes 411 et 401, avec exemple

Le lettrage comptable consiste à rapprocher, dans un compte de tiers, les écritures qui se compensent (une facture et son règlement, un avoir et la facture qu’il annule) et à leur attribuer un même code, généralement une lettre. Il s’applique surtout aux comptes clients 411 et fournisseurs 401. Une fois le lettrage fait, seules les écritures non lettrées restent ouvertes : elles représentent exactement ce que les clients doivent encore et ce que l’entreprise doit encore à ses fournisseurs.

En bref : le lettrage transforme un compte client ou fournisseur en liste claire des pièces impayées. Il sert à relancer les clients, à éviter les doubles paiements, à justifier les soldes à la clôture et à détecter les erreurs d’imputation. Il ne doit pas être confondu avec le rapprochement bancaire, qui compare le compte 512 au relevé de la banque.

À quoi sert le lettrage ?

Sans lettrage, un compte client affiche un solde global sans dire quelles factures le composent. Avec le lettrage, on sait que les 600 € dus correspondent à la facture F115 du 18 avril et que tout le reste est réglé (voir l’exemple plus bas). Concrètement, le lettrage permet de :

  • suivre les impayés et produire une balance âgée fiable pour les relances ;
  • éviter les doubles paiements aux fournisseurs ou les oublis de règlement ;
  • justifier les soldes à la clôture des comptes, exigence de base de l’expert-comptable et du commissaire aux comptes ;
  • repérer les erreurs : règlement imputé au mauvais client, facture saisie deux fois, avoir oublié ;
  • calculer les provisions pour créances douteuses à partir des factures anciennes non lettrées.

D’après l’article L123-14 du Code de commerce, les comptes annuels doivent être réguliers, sincères et donner une image fidèle du patrimoine, de la situation financière et du résultat de l’entreprise : un poste clients ou fournisseurs non justifié au détail des pièces fragilise directement cette exigence.

Quels comptes se lettrent ?

CompteIntituléCe qu’on lettre
411ClientsFactures de vente, avoirs, règlements reçus
401FournisseursFactures d’achat, avoirs, paiements émis
404Fournisseurs d’immobilisationsFactures d’investissement et leurs paiements
421Personnel, rémunérations duesSalaires nets et virements de paie
425Personnel, avances et acomptesAvances accordées et retenues sur salaire
467Autres comptes débiteurs ou créditeursOpérations diverses avec des tiers
580Virements internesSortie d’un compte bancaire et entrée sur l’autre

Les comptes de charges et de produits (classes 6 et 7) ne se lettrent pas : ils cumulent des montants sur l’exercice sans logique d’échéance. Le compte 512 Banque ne se lettre pas non plus au sens strict, il se pointe avec le relevé bancaire.

Comment faire un lettrage de compte client : exemple chiffré

Compte 411 Dupont au 30 avril 2026 :

DatePièceLibelléDébitCréditLettre
01/03F101Facture1 200A
15/03F108Facture2 400B
20/03A12Avoir sur F108200B
31/03CHQChèque règlement F1011 200A
15/04VIRVirement règlement F1082 200B
18/04F115Facture600
Totaux4 2003 600
  • Lettre A : la facture F101 (1 200 €) et le chèque de 1 200 € s’annulent. Lettrage simple.
  • Lettre B : la facture F108 (2 400 €) est soldée par l’avoir (200 €) et le virement (2 200 €). Lettrage multiple, trois lignes dont la somme est nulle.
  • F115 non lettrée : le solde débiteur de 600 € correspond exactement à cette facture. C’est elle qu’il faudra relancer.

Règle de contrôle : la somme des écritures portant une même lettre doit être nulle, et la somme des écritures non lettrées doit égaler le solde du compte.

Lettrage partiel, écarts de règlement et cas difficiles

Le règlement partiel

Le client Dupont règle 400 € sur F115. Les deux lignes ne s’équilibrent pas : on pratique un lettrage partiel (souvent noté en minuscules ou signalé par un indicateur dans le logiciel). Le lettrage deviendra définitif quand les 200 € restants seront encaissés.

L’écart de règlement

Un client étranger règle 590 € au lieu de 600 €, sa banque ayant prélevé 10 € de frais. Si l’entreprise renonce à réclamer la différence, elle passe une écriture d’écart (charge de 10 €, crédit du 411 pour 10 €), puis lettre les trois lignes ensemble. La plupart des logiciels proposent un seuil de tolérance pour automatiser ces écarts minimes ; au-delà, l’écart doit être analysé.

Le règlement global de plusieurs factures

Un fournisseur est payé par un virement unique couvrant six factures. On lettre le virement avec l’ensemble des six factures. Si le libellé bancaire ne précise pas les factures concernées, demandez un avis de paiement : c’est la principale source de lettrages erronés.

Le règlement sans facture ou l’acompte

Un acompte reçu avant facturation reste non lettré au crédit du compte client (ou est enregistré au compte 4191 Clients, avances et acomptes reçus), puis lettré avec la facture finale.

Le règlement imputé au mauvais tiers

Deux clients homonymes, un virement saisi chez le mauvais : le compte du premier devient créditeur, celui du second reste débiteur. Un compte client créditeur sans avoir émis est presque toujours le signe d’une erreur d’imputation.

Lettrage et rapprochement bancaire : quelle différence ?

LettrageRapprochement bancaire
Comptes concernésComptes de tiers (411, 401, 421…)Compte 512 Banque
Ce qu’on compareÉcritures d’un même compte entre ellesLe compte 512 et le relevé bancaire
ObjectifIdentifier les pièces non soldéesExpliquer l’écart entre solde comptable et solde bancaire
Document produitGrand livre lettré, balance âgéeÉtat de rapprochement
Fréquence conseilléeHebdomadaire à mensuelleMensuelle au minimum

Les deux travaux se complètent : le rapprochement bancaire confirme qu’un encaissement a bien eu lieu, le lettrage l’affecte à la bonne facture. L’état de rapprochement liste les écritures présentes d’un seul côté (chèque émis non encore débité, frais bancaires non encore saisis) pour expliquer l’écart.

Lettrage manuel, automatique et facture électronique

Le lettrage manuel convient à une petite entreprise avec quelques dizaines de pièces par mois. On sélectionne les lignes à rapprocher dans le grand livre du logiciel, qui vérifie que leur somme est nulle et attribue la lettre suivante.

Le lettrage automatique rapproche les écritures selon des règles : même montant, même numéro de pièce ou de facture dans le libellé, même référence de virement. Les logiciels de comptabilité du marché proposent tous cette fonction ; les outils connectés aux banques lettrent dès l’import des transactions. Un contrôle humain reste nécessaire sur les montants identiques (deux factures de 500 € pour le même client) et sur les règlements globaux.

La généralisation de la facturation électronique facilite ce travail : les factures arrivent avec des données structurées (numéro, montant, échéance) et le statut « encaissée » peut être transmis par les plateformes, ce qui améliore le taux de lettrage automatique. Choisir un logiciel de facturation compatible avec votre comptabilité évite aussi les ressaisies.

D’après l’article A. 47 A-1 du Livre des procédures fiscales, le fichier des écritures comptables (FEC) remis en cas de contrôle fiscal comporte notamment les champs « EcritureLet » et « DateLet », qui indiquent le code et la date de lettrage de chaque écriture.

Les erreurs de lettrage les plus courantes

  • Lettrer par montant sans vérifier la pièce : deux factures de même montant, la mauvaise est soldée et la relance part sur une facture déjà payée.
  • Forcer un lettrage déséquilibré sans passer l’écriture d’écart : le compte semble propre mais le solde ne correspond plus aux pièces.
  • Laisser des lettrages partiels indéfiniment : un reliquat de quelques euros vieux de deux ans doit être réclamé ou passé en perte, selon le cas.
  • Délettrer sans tracer : modifier un lettrage ancien après une clôture complique la justification des soldes.
  • Ne lettrer qu’à la clôture : un an de pièces à rapprocher d’un coup, c’est l’assurance d’erreurs et de relances tardives. Un lettrage mensuel nourrit le tableau de bord de trésorerie avec des données fiables.

À retenir

Le lettrage associe, par une même lettre, les écritures d’un compte de tiers qui se compensent. La somme des lignes lettrées est nulle et les lignes non lettrées expliquent le solde. Il se pratique sur les comptes 411, 401 et les autres comptes de tiers, idéalement chaque mois, en complément du rapprochement bancaire.

Questions fréquentes

Comment faire le lettrage des comptes ?

Ouvrez le grand livre du compte de tiers, sélectionnez une facture et le ou les règlements et avoirs qui la soldent, vérifiez que leur somme est nulle, puis attribuez-leur une lettre. Répétez l’opération pour chaque pièce. À la fin, seules les écritures non lettrées restent, et leur total doit égaler le solde du compte.

Quels sont les comptes qui se lettrent ?

Les comptes de tiers : clients (411), fournisseurs (401 et 404), personnel (421, 425), comptes divers (467) et virements internes (580). Les comptes de charges et de produits ne se lettrent pas, et le compte bancaire se contrôle par rapprochement avec le relevé.

Quel est le but du lettrage ?

Savoir précisément quelles factures restent impayées, chez les clients comme chez les fournisseurs. Le lettrage sert à relancer, à éviter les doubles paiements, à justifier les soldes à la clôture et à repérer les erreurs de saisie ou d’imputation.

Comment faire un lettrage automatique ?

Activez la fonction de lettrage automatique de votre logiciel comptable et paramétrez ses critères : montant identique, référence de facture dans le libellé, seuil de tolérance pour les petits écarts. Lancez-la après chaque import bancaire, puis contrôlez manuellement les propositions ambiguës et les règlements groupés.

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