Le bilan financier est un bilan comptable retraité pour faire apparaître la situation réelle de l’entreprise du point de vue de ses créanciers : les actifs y sont classés par degré de liquidité et les dettes par degré d’exigibilité, avec une frontière à un an, et les postes sont évalués à leur valeur réelle. Il sert à répondre à deux questions : l’entreprise peut-elle payer ses dettes à court terme (liquidité) et ses actifs couvrent-ils l’ensemble de ses dettes (solvabilité) ?
En bref : on part du bilan comptable, on reclasse chaque poste à plus ou moins d’un an, on corrige les valeurs (plus-values latentes, actifs sans valeur) et on calcule le fonds de roulement financier et les ratios de liquidité et de solvabilité. Le bilan fonctionnel, lui, raisonne par cycles et sert plutôt à analyser l’équilibre FR, BFR et trésorerie.
- Bilan comptable, bilan financier, bilan fonctionnel : les différences
- La structure du bilan financier
- Comment faire un bilan financier : les retraitements
- Exemple chiffré de bilan financier
- Bilan fonctionnel : l’autre lecture du bilan
- Comment savoir si un bilan est bon : la lecture en 6 points
- Audit financier : qui vérifie le bilan ?
- À retenir
- Questions fréquentes
Bilan comptable, bilan financier, bilan fonctionnel : les différences
| Bilan comptable | Bilan financier | Bilan fonctionnel | |
|---|---|---|---|
| Objectif | Obligation légale, image fidèle du patrimoine | Mesurer liquidité et solvabilité | Analyser le financement des cycles d’activité |
| Point de vue | Légal et fiscal | Celui du créancier (banque, fournisseur) | Celui du gestionnaire |
| Classement | Nature des postes | Plus ou moins d’un an | Cycles : investissement, financement, exploitation |
| Valeurs | Nettes comptables (coût historique) | Réelles ou de marché | Brutes |
| Indicateurs clés | Capitaux propres, résultat | FR financier, ratios de liquidité, actif net | FRNG, BFR, trésorerie nette |
Le bilan comptable est le seul document obligatoire. Les deux autres sont des outils d’analyse construits à partir de lui, généralement par l’expert-comptable, l’analyste de la banque ou le repreneur.
La structure du bilan financier
À l’actif, par liquidité croissante
- Actif à plus d’un an : immobilisations en valeur réelle, créances à plus d’un an, stock outil (la part du stock qui ne descend jamais sous un certain niveau).
- Actif à moins d’un an : stocks courants, créances clients et autres créances à moins d’un an, part à moins d’un an des immobilisations financières, valeurs mobilières de placement, disponibilités.
Au passif, par exigibilité croissante
- Capitaux propres retraités : capitaux propres comptables + plus-values latentes − moins-values latentes − actif sans valeur − dividendes à verser.
- Dettes à plus d’un an : emprunts (hors part remboursable dans l’année), provisions pour risques à long terme, impôt latent sur les plus-values.
- Dettes à moins d’un an : fournisseurs, dettes fiscales et sociales, part à moins d’un an des emprunts, concours bancaires, dividendes à payer.
Comment faire un bilan financier : les retraitements
- Réévaluer les actifs : un terrain acheté il y a vingt ans vaut souvent bien plus que sa valeur comptable. La plus-value latente augmente les capitaux propres, diminuée de l’impôt qui serait dû en cas de cession.
- Éliminer l’actif sans valeur réelle : frais de recherche activés sans perspective, charges à répartir, écarts de conversion actif. Ces postes sont retirés de l’actif et des capitaux propres.
- Ventiler à plus ou moins d’un an grâce à l’état des échéances des créances et des dettes, joint à la liasse fiscale.
- Isoler le stock outil et le placer en actif à plus d’un an.
- Reclasser les dividendes votés des capitaux propres vers les dettes à moins d’un an.
- Traiter les effets escomptés non échus : les réintégrer en créances clients et en dettes à moins d’un an.
D’après le Plan comptable général, la méthode de référence consiste à comptabiliser les frais d’établissement en charges ; lorsqu’une entreprise choisit de les inscrire à l’actif, l’analyste les retire des capitaux propres dans le bilan financier, car ils n’ont aucune valeur de revente.
Exemple chiffré de bilan financier
PME industrielle au 31 décembre 2025. Les capitaux propres comptables s’élèvent à 260 000 €. Un terrain présente une plus-value latente de 60 000 € (impôt latent estimé à 25 %, soit 15 000 €), 5 000 € de dividendes ont été votés et l’emprunt de 240 000 € comporte 40 000 € remboursables dans l’année. Montants en milliers d’euros.
| Actif | k€ | Passif | k€ |
|---|---|---|---|
| Immobilisations (valeur réelle) | 400 | Capitaux propres retraités (260 + 60 − 15 − 5) | 300 |
| Stock outil | 30 | Emprunts à plus d’un an | 200 |
| Actif à plus d’un an | 430 | Impôt latent | 15 |
| Dettes à plus d’un an | 215 | ||
| Stocks courants | 120 | Fournisseurs | 150 |
| Créances clients | 180 | Dettes fiscales et sociales | 60 |
| Disponibilités | 40 | Part à moins d’un an de l’emprunt | 40 |
| Dividendes à payer | 5 | ||
| Actif à moins d’un an | 340 | Dettes à moins d’un an | 255 |
| Total | 770 | Total | 770 |
Les indicateurs calculés
| Indicateur | Formule | Résultat | Repère usuel |
|---|---|---|---|
| Fonds de roulement financier | Actif < 1 an − dettes < 1 an | 85 k€ | Positif |
| Liquidité générale | Actif < 1 an / dettes < 1 an | 1,33 | Supérieur à 1 |
| Liquidité réduite | (Créances < 1 an + disponibilités) / dettes < 1 an | 0,86 | Proche de 1 |
| Liquidité immédiate | Disponibilités / dettes < 1 an | 0,16 | Très variable selon le secteur |
| Autonomie financière | Capitaux propres / total du passif | 39 % | Souvent au moins 20 à 30 % |
| Solvabilité générale | Total actif / total des dettes | 1,64 | Supérieur à 1 |
Lecture : l’entreprise est solvable (ses actifs réels couvrent 1,64 fois ses dettes) et dispose d’un fonds de roulement financier positif. Sa liquidité réduite inférieure à 1 montre en revanche qu’elle dépend de l’écoulement de ses stocks pour payer ses dettes à court terme : un ralentissement des ventes la mettrait sous tension. Les repères usuels sont indicatifs ; une comparaison avec les entreprises du même secteur est plus pertinente qu’un seuil unique.
Bilan fonctionnel : l’autre lecture du bilan
Le bilan fonctionnel reclasse les postes selon trois cycles. Les emplois stables (immobilisations brutes) sont financés par les ressources stables (capitaux propres, amortissements, provisions, dettes financières). L’actif et le passif circulants d’exploitation forment le BFR. La différence entre FRNG et BFR donne la trésorerie nette. Notre article sur le fonds de roulement et le BFR détaille ce raisonnement, et celui sur la trésorerie nette au bilan montre comment la calculer.
Le choix dépend de la question posée : le bilan financier répond « l’entreprise peut-elle rembourser ? », le bilan fonctionnel répond « comment son activité est-elle financée ? ». Les banques utilisent les deux.
Comment savoir si un bilan est bon : la lecture en 6 points
- Capitaux propres positifs et supérieurs à la moitié du capital social. En dessous, une procédure légale de reconstitution s’impose dans les sociétés commerciales.
- Autonomie financière suffisante : une entreprise financée à 90 % par des dettes a peu de marge en cas de coup dur.
- Fonds de roulement positif : les immobilisations sont financées par des ressources longues.
- Trésorerie cohérente avec l’activité, à comparer en jours de chiffre d’affaires.
- Endettement soutenable : dettes financières rapportées aux capitaux propres et à la capacité d’autofinancement (un rapport dettes financières / CAF inférieur à 3 ou 4 ans est souvent jugé confortable par les banques).
- Évolution sur trois exercices : un bon bilan isolé peut masquer une dégradation continue.
Le bilan se lit toujours avec le compte de résultat : les soldes intermédiaires de gestion expliquent comment la rentabilité alimente, ou non, les capitaux propres.
Selon la Banque de France, la cotation qu’elle attribue aux entreprises repose en premier lieu sur l’analyse de leurs documents comptables et financiers, complétée par des informations qualitatives sur l’environnement de l’entreprise et ses dirigeants.
Audit financier : qui vérifie le bilan ?
L’audit financier consiste à vérifier que les comptes annuels sont réguliers, sincères et donnent une image fidèle de la situation de l’entreprise. Il en existe deux formes.
- L’audit légal, réalisé par un commissaire aux comptes, obligatoire au-delà de certains seuils ou dans certaines structures (sociétés cotées, entités d’intérêt public, certaines associations subventionnées). Le commissaire aux comptes certifie les comptes, avec ou sans réserve, ou refuse de les certifier.
- L’audit contractuel, demandé volontairement par les dirigeants, les associés ou un repreneur, par exemple lors d’une acquisition (audit d’acquisition ou due diligence) ou pour fiabiliser les comptes avant une levée de fonds.
L’audit s’appuie sur des contrôles par sondage : circularisation des clients, fournisseurs et banques, inventaire physique des stocks, revue des contrats, contrôle du rapprochement bancaire et du lettrage des comptes de tiers. Il ne se confond ni avec la tenue de la comptabilité ni avec le contrôle financier interne, qui relève de l’entreprise elle-même.
D’après l’article D. 221-5 du Code de commerce, dans sa rédaction issue du décret de février 2024, une SARL, une SAS ou une SA doit désigner un commissaire aux comptes lorsqu’elle dépasse deux des trois seuils suivants : 5 millions d’euros de total de bilan, 10 millions d’euros de chiffre d’affaires hors taxes et 50 salariés en moyenne.
À retenir
Le bilan financier retraite le bilan comptable en valeurs réelles et le classe à plus ou moins d’un an pour mesurer la liquidité et la solvabilité. Il se distingue du bilan fonctionnel, qui analyse le financement des cycles. Les indicateurs à suivre sont le fonds de roulement financier, les trois ratios de liquidité, l’autonomie financière et la solvabilité générale, toujours en tendance et comparés au secteur.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre le bilan financier et le bilan comptable ?
Le bilan comptable est le document obligatoire établi selon le Plan comptable général, en valeurs historiques et classé par nature. Le bilan financier en est une version retraitée, en valeurs réelles et classée selon l’échéance à plus ou moins d’un an. Le premier répond à une obligation légale, le second à une question d’analyse : l’entreprise peut-elle honorer ses dettes ?
Comment faire un bilan financier simple ?
Prenez le bilan comptable et l’état des échéances de la liasse fiscale. Classez chaque actif et chaque dette à plus ou moins d’un an, retirez les actifs sans valeur réelle des capitaux propres et reclassez les dividendes à payer en dettes à court terme. Calculez ensuite le fonds de roulement financier et le ratio de liquidité générale.
Comment interpréter un bilan financier ?
Un fonds de roulement financier positif et une liquidité générale supérieure à 1 indiquent que les actifs à court terme couvrent les dettes à court terme. La solvabilité générale et l’autonomie financière mesurent la capacité à rembourser toutes les dettes et le poids des fonds propres. Comparez ces ratios sur plusieurs années et avec votre secteur.
Pourquoi faire un bilan financier ?
Pour évaluer le risque de défaillance avant d’accorder un crédit, de signer avec un fournisseur important ou de racheter une entreprise. Pour le dirigeant, il permet aussi de préparer un rendez-vous bancaire en connaissant à l’avance les ratios que l’analyste va calculer.
